Intégration de l’ergonomie dans le développement des jeux vidéos

Ergonome indépendant ou ergonome d’entreprise

Le statut de l’ergonome peut jouer aussi sur sa façon de s’intégrer à l’équipe de développement. Il peut être employé en interne, ou intervenir en tant qu’indépendant sur des aspects spécifiques du jeu, selon la taille, les moyens du studio. Sa façon d’interagir avec les équipes de développement sera différente selon qu’il soit toujours sur place, ou qu’il intervienne de façon ponctuelle. La constitution d’un groupe de travail sera d’autant plus importante que l’ergonome n’est pas sur place, car celui-ci représentera sa démarche au sein de l’entreprise.

De même, l’ergonome devra adapter ses méthodes aux ressources du studio qui l’engage. En tant qu’indépendant, il pourra être plus facilement appelé à travailler pour des studios indépendants. Il aura plus de chance de travailler en interne sur des projets de jeux AAA. Il devra en conséquence aussi adapter ses méthodes au type de jeu et au budget ergonomie de chacun. L’ergonome aura tout intérêt à savoir se montrer créatif en terme de support, car il ne devra pas seulement s’adapter à la progression du développement, mais aussi aux ressources dont il pourra disposer pour élaborer un prototype. Il devra donc savoir faire des compromis entre écologie de sa méthode et fiabilité des résultats. (Nielsen, 2008)

Des recommandations réalistes

L’ergonome devra prendre en compte les contraintes techniques liées au produit, au support sur lequel il sera utilisé. Il peut être tentant de prendre en compte le style cognitif des joueurs afin d’adapter automatiquement les tutoriaux aux stratégies d’apprentissages préférées des joueurs, mais cela pose plusieurs problèmes. D’une part, il s’agirait d’une charge de travail considérable pour l’équipe de développement. De plus, si cela constituerait une approche optimale de l’acquisition de nouvelles compétences dans le jeu, cela apporte au final peu de bénéfices.

L’ergonome doit donc savoir limiter son intervention à ce qui est important et tenir compte des ressources humaines et financières disponibles. Il doit par la même occasion tenir compte des contraintes organisationnelles, et techniques. On peut très bien imaginer que la souplesse du programme requise pour s’adapter aux styles cognitifs du joueur serait complexe à mettre en place et nécessiterait de nombreuses ressources supplémentaires, cette fois en terme de contenus de jeu, mais aussi de performance matérielle.

Argumenter la position ergonomique

L’ergonome devra porter une attention particulière à la façon dont il présente ses recommandations. S’il se contentait de présenter un rapport de cent pages tous les mois pour présenter ses conclusions, il est certain que sa démarche n’aboutirait à rien, et que le jeu se passera très bien d’ergonomie. D’une part, il doit donc, en quelque sorte, prendre en compte ses interlocuteurs, de la même façon qu’il prend en compte l’utilisateur final du produit. L’ergonome s’attachera à présenter ses recommandations de façon concises et claires. Il devra par ailleurs être capable de les justifier s’il espère qu’elles soient prises en compte.

En effet, s’il est clair à l’ergonome que placer une icône en haut à droite de l’écran et non pas en bas à gauche est vital, cela peut passer pour une excentricité s’il ne peut expliquer pourquoi. Il devra donc être capable de justifier ses résultats, et aura tout intérêt à s’appuyer sur des preuves tangibles, que ce soient des extraits d’enregistrements mettant en évidence les difficultés du joueur ou des données et tests statistiques.

Si le studio sous traite certains aspects du développement, l’ergonome devra s’assurer que les critères ergonomiques et recommandations intégrées au développement sont appliqués aussi par ses derniers, le cas échéant. Il pourra être amené à contrôler leur travail et leur expliquer sa démarche, soit lui même, soi à travers un intermédiaire.

Intégration des composantes du développement

Savoir prendre en compte les contraintes et s’intégrer dans le processus de production n’est pas suffisant. Il faut aussi savoir faire passer son message, engager les autres acteurs du projet dans la démarche ergonomique autant que l’on intègre cette démarche à la leur.

Dans ce but, il est de bon ton de mettre en place une équipe de travail en interne, constituée de personnes issues des différents domaines concernés par le développement. Selon la taille de l’équipe, on pourra faire appel à partie ou intégralité de celle ci, ou travailler de concert avec les responsables de chaque spécialité.

Pour une approche multidisciplinaire et interdisciplinaire comme l’ergonomie, la constitution d’un groupe de travail est indispensable à sa bonne intégration dans le processus de conception et de production. Elle s’assure ainsi une bonne transmission de l’information relative à son domaine au sein du studio en même temps qu’elle se donne les moyens de suivre l’état du projet et les problématiques rencontrées dans chacun d’eux, tout au long du développement.

L’organisation de ce groupe de travail doit prendre en compte les charges de chacun. Une réunion hebdomadaire serait un bon compromis entre les besoins de communication et la nécessité de maintenir la charge de travail supplémentaire liée à l’ergonomie à un niveau minimum pour qu’elle ne constitue pas une entrave pas le développement.
L’ergonome devra par ailleurs travailler en collaboration étroite avec le chef de projet, afin de garder une vue d’ensemble du processus de production et d’y intégrer au mieux la démarche ergonomique, en négociant moyens et ressources.

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