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Pourquoi l’ux design va s’éteindre en france et heureusement pour nous

Conférence menée en binôme, un jeune UX designer et une ergonome senior se renvoient la balle en traitant avec humour des guerres de chapelle entre UX designers en voie d’extinction, ergonomes, mais aussi UI, UX, designer d’interactions… D’où vient l’incompréhension, le flou? Comment se traduit-il dans le quotidien des designers d’expériences? Quel est son rôle? Que pouvons nous faire pour améliorer la situation?

Le métier méconnu

La conférence commence par une offre d’emploi pour un architecte-maçon-décorateur d’intérieur. Une annonce sur-réaliste dans ce domaine, mais bien réelle si l’on prend une offre pour un poste d’UX designer qui réclame des compétences en ergonomie, développement front-end et graphisme. UX designer est confondu avec front-end developeur. L’UX designer est un super-graphiste qui fait de l’optimisation. Bref, on cherche un mouton à 5 pattes (nlr: ce qui n’est pas si pratique que ça quand on y réfléchit)

Côté client, le besoin est exprimé comme une demande d’interface ergonomique, mais sans processus avant. Les agences entretiennent le mythe en vendant leurs mérites sur leur site : “Nous réalisons des sites ergonomiques”. L’étude de terrain, le profilage des utilisateurs, ça n’est pas mis en avant.

Cela résulte en des expériences douloureuses : l’arrivée d’un responsable UX aurait du être une bonne nouvelle. Finalement, le client n’attend de lui que des choix de conception et des validations d’interfaces, ou pire, de produire des interfaces sur des outils inadéquats. L’UX comme le client sont mécontents de leur alliance. L’un joue les don Quichotte à évangéliser. L’autre croit son employé incompétent, si ce n’est le métier en lui-même qu’il s’imagine inutile.

Le métier méconnu, même du métier…

La définition floue du métier et les confusions entre les différent profils est d’autant plus marquée que même entre nous, il n’y a pas de consensus.

Même les livres parus récemment au sujet de l’UX design, du design d’interaction, ne parlent pas d’ergonomie ou d’ergonomes, sauf pour dire qu’il ne fait pas le même métier que l’UX designer…

Côté formations, les cursus d’ergonomie sont centrés sur le facteur humain et quasiment dépourvu d’outils de conception. L’accent est tellement mis sur l’étude que malgré l’importance rabâchée d’intervenir en amont, on ne donne pas aux étudiants tous les outils pour.
A l’inverse, les formations d’UX design intègrent à peine les sciences cognitives.

Résultat: personne n’a mis le pied dans la chapelle de l’autre pour s’apercevoir que les grands gourous prêchent avec même bible. Les objectif sont les mêmes, les outils changent, et encore..

Un problème bien Français

Depuis naissance informatique 80s, les ingénieurs ont compris petit à petit l’importance de la prise en compte de l’utilisateur. L’expertise focalisée d’abord sur la maitrise de la technologie, a basculé sur une expertise de la gestion projet informatique. L’UX design est la réponse aux exigences croissantes des utlisateurs finaux, désormais habitués à la technologie. En 2005, l’UX est un raz de marée qui fond sur le web depuis les USA.

Nous autres, en France, nuis avions depuis les années 70 l’ergonomie. Comme le minitel, l’internet français que nous n’avons su ni vendre ni exporter, l’ergonomie méconnue a d’autant plus de mal à s’imposer.

L’autre difficulté vient de la signification donnée au terme design. En effet, l’UX design arrivant en France, portant les idéologies de l’ergonome, est interprété comme une conception de la beauté, et non du fonctionnel. En effet, en France, design est associé à la mode, à la beauté, à la décoration d’intérieur. L’UX design puise pourtant ses origines aux USA où le design fait référence à la conception fonctionnelle. Difficultés de compréhension qui ajoute du flou à l’incompréhension.

Un besoin bien réel d’ergonomie

Pourtant, nous avons besoin d’interfaces utilisables, utilisées et désormais d’expériences simplifiées pour se démarquer de la concurrence, plaçant la barre toujours plus haut. Pour autant, les prestations vendues restent peu ambitieuses, avec des méthodologies au rabais, et finalement, peu rentables pour l’agence. Le client dit à l’agence: faites les wireframe, nous on s’occupera du design, de vous dire ce qu’il faut y mettre pour répondre au besoin. Les utilisateurs, pas besoin de les voir, et les usages, on s’en occupe. Vous iriez, vous, voir votre dentiste en lui disant “traitez juste la carie là, je l’ai repérée pour vous, et puis, l’anesthésie, laissez tomber c’est hors budget. Pour le pansement, je le ferais moi-même.”

En bien l’ergonome, c’est le dentiste de l’internet, à qui on demande de travailler vite, sans recul, ce qui risque de donner sans surprise des résultats décevants. Il arrive à mettre en place un outil ou deux, jamais le processus entier.  Les utilisateurs sont accessibles : nos chefs de projets les connaissent bien. Autant demander à un médecin de diagnostiquer un patient sans le rencontrer.

C’est d’autant plus vrai dans la conception mobile où l’application est le bébé du directeur, qu’il veut à son éfigie, comme on rêve pour ses enfants le métier de nos propres rêves.

Mode troll, activé

Quant-à la fin de la présentation, après avoir déclaré qu’il fallait arrêter d’étiquetter les gens, la slide suivante proposait de nommer tout le monde “Designer d’expérience”, un nouveau terme par dessus les appellations déjà incomprises. Elle répartissait les profils existants dans 4 cases: recherche, conception, graphisme et développement. En plaçant les métiers dans les mauvaises cases à coup sûr. Une nouvelle chappelle à défendre par dessus les autres, mais qui perd dans la foulée le centre de nos préoccupations : le user.

Le challenge du DX, c’est celui qu’on connait déjà: être impliqué plus tôt, se focaliser sur l’utilisateur final et non le produit ou le producteur. C’est aussi être présent lors de la définition des budgets pour ne plus travailler au rabais. C’est montrer comment le DX profite aux enjeux business, définir des KPI, des indicateurs permettant de mieux communiquer avec les profils issus d’écoles de business et justifier les résultats de notre approche. Status Quo. Retour au point de départ. Une solution qui n’en apporte pas.

En conclusion, la conférence prophétise la disparition de l’utilisateur final, pour justifier de son absence dans le terme DX: demain, il n’y aura plus d’interfaces, puisqu’il n’y aura plus d’écran, et si on n’agit pas, qu’on ne choisit pas, on sera alors un usager et non plus un utilisateur. Du coup, pourquoi s’en préoccuper en faisant du design?

Des solutions ? Ne plus en parler !

La remarque d’un spectateur lors des questions est des plus pertinentes : Jesse James Garret y a déjà répondu. “Comment vendre l’UX?” lui a-t-on demandé. “Eh bien n’en parlez plus” a-t-il répondu. Peu importe le vocabulaire, l’important est de comprendre la psychologie du client et de ne pas lui parler de nos concepts. Parlons lui dans ses mots à lui, comme on sait le faire pour les utilisateurs de nos clients. C’est ainsi qu’on fera de la conduite du changement.

5 thoughts on “Pourquoi l’ux design va s’éteindre en france et heureusement pour nous”

  1. Article intéressant comme toujours, merci.

    Il me donne envie de réagir car je considère – peut-être à tort – que “UX Designer” est le terme anglais pour ergonome. Si on traduit, c’est de la conception centrée sur les retours utilisateurs. Elle consiste à offrir la meilleure expérience possible et le fait en piochant dans sa boite à outils (playtests, think-aloud, auto-confrontation, tri par cartes, heuristiques, questionnaires, etc.), ce que fait l’ergonome. Je me considère donc comme ergonome, c’est à dire UX Designer, de formation et de métier. Le rapprochement entre les 2 termes est venu naturellement en confrontant les offres d’emplois françaises et anglo-saxonnes.

    Si je comprends bien, le terme UX Designer, en France, désignerait autre chose ? J’aimerais bien savoir ce qui se cache derrière ce terme chez les recruteurs et pourquoi c’est un métier qui tendrait à disparaître (ce qui me paraît incensé).

    En ce qui me concerne, le principal problème c’est que les recruteurs confondent souvent UX et UI, qui demandent des compétences bien différentes. Il y a d’ailleurs eu une discussion sur linked-in à ce sujet (https://www.linkedin.com/groups/UX-versus-UI-112915.S.5958458366442364930?view=&gid=112915&type=member&item=5958458366442364930&trk=my_groups-b-title) mais c’est peut-être un autre débat !

  2. Personnellement, je considère l’UX Designer comme un créateur d’expérience et l’ergonomie peut-être une des parts du métier mais pas nécessairement productive mais directive. Que ce soit pour des interfaces ou pour tout autre objet, finalement c’est la somme des aptitudes intégrées au-dit objet qui vont déterminer une expérience, d’ordre émotionnelle, physique ou sonore.

    Comment parler de l’UX à un client ? Parlons lui d’émotions, de mémoire, d’humains, de ce qui fait ce que nous sommes et comment l’ergonomie, le graphisme, l’aspect front pour les interfaces et tout autre activité intégré à son produit vont, en somme, créer une expérience.
    Il n’est pas besoin de rappeler l’intérêt de l’expérience par l’utilisateur :)

    Nous avons encore tendance à travailler en chaine à la Ford, hors je considère qu’une production est une somme de compétences, que chaque “pôle” à un rôle à jouer dans chaque domaine.

    J’espère bien ne pas voir l’UX s’éteindre en France car au contraire, je pense qu’elle pourrait bien être un moyen de démarquer un produit.

  3. Bonjour,
    Ergonome de formation, je ne pense pas que l’ergonomie soit une boite à outil.
    La conception à priori existe, en partant de rien…
    Mon métier est celui là , e te,a,t compte des facteurs humains, techniques, et des 4 dimensions humaines (biologiques, cognitives, psychologiques, sociales).
    Je n’ai jamais exercé en UX car j’ai toujours vu que se cachait ici un mélange des genres.
    C’est une mode, elle passera, mais pas les facteurs humains, tant qu’il y aura des hommes.
    C’est avant tout nous qui créons cette demande UX, il faudrait donc bien se plonger sur la question de “pourquoi” on se créer un artefact de plus autour de la technique, car c’est ici que nous perdons une partie de la réalité, qui est devenue trop virtuelle..
    En se rajoutant des principes, des codes, l’homme ou le client doit comprendre qu’il n’est peut être plus en capacité de comprendre ce qu’il cherche vraiment par cette technique virtuelle.
    La neuroscience peut d’ailleurs bien aider à ce sujet.
    En tant qu’ergonome je ne me sens donc pas du tout UX designer.

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