La notion de marge de manoeuvre

Généralement, les postes de travail sont principalement conçus d’après un cycle de travail standard, et prévus pour l’individu moyen. Or les cycles de production sont variables, des incidents ou imprévus peuvent se produire. L’opérateur de son côté a aussi ses particularités et ne correspond pas forcément à l’individu médian. Il doit à chaque cycle adapter son comportement à la variabilité des cycles pour accomplir sa tâche au mieux. Des marges de manœuvres sont à sa disposition à cette fin.
Une marge de manœuvre est l’ensemble de possibilités offertes à l’opérateur pour faire face à une situation donnée. On peut aussi parler de marge d’action, de niveau de liberté de sa tache qui lui permet d’adapter son comportement à la situation. Ces marges de manœuvre peuvent être présent à différents niveaux. On pourrait traduire la notion de marge de manœuvre par le niveau d’autonomie, de responsabilité, la possibilité de prise de décision, les moyens à sa disposition qui sont allouées à un opérateur.

Il peut s’agir de marges spatiales, temporelles, organisationnelles. De nombreux aspects entrent en compte dans la définition des marges. La possibilité d’adapter un poste de travail à un individu en est un. Il peut consister en la possibilité de reconfigurer les touches de raccourci clavier pour un programme donné. Les possibilités à la disposition de l’opérateur pour réaliser sa tache ou réagir face à l’imprévu sont un autre aspect.

Un individu ayant la possibilité de faire appel à un collègue en cas de surcharge, ou ayant accès à une matériel de remplacement en cas de panne pourra s’adapter à la situation plus facilement qu’un opérateur isolé face à une file d’attente impatiente et une caisse en panne qui doit entrer tous les prix d’article manuellement.

Nous illustrerons ces propos par deux types de marges de manœuvre dont disposent les opérateurs : la première est la marge de manœuvre spatiale. Pour lui, « une chaîne de production est une machine qui transforme le temps en espace ». Autrement dit, le temps disponible pour accomplir une tâche dépend de l’espace de travail attribué à l’opérateur. En augmentant la part de la chaîne réservée à la tâche d’un ouvrier, on lui permet de faire face plus facilement à l’imprévu. Il a alors la possibilité de faire varier sa vitesse de travail, d’organiser l’ordre et d’augmenter le nombre d’actions possibles dans un même temps si le besoin s’en fait sentir.

Par exemple, avec une plus grande marge d’espace, si un opérateur a pour tâche de placer du fromage sur un cordon bleu, il aura le temps de ramasser une pièce qui s’émiette sans empiéter sur l’espace de travail d’un autre, qui a son tour prendra du retard etc. Cela évite des répercussions sur les autres postes autant que le stress de l’opérateur qui n’aura pas besoin de faire le double de travail dans le même temps imparti.

D’autres exemples de marge de manœuvre spatiale peuvent être la possibilité de déplacer les éléments de son bureau, de positionner l’écran, le clavier d’un ordinateur différemment, ou d’avoir un siège tournant pour accéder à différents plans de travail.

Il existe également des marges de manœuvres organisationnelles. Il s’agit de laisser aux opérateur la possibilité de participer à l’élaboration des horaires de travail, à la distribution des postes, et généralement, d’avoir la possibilité de participer à des prises de décisions concernant l’équipe.

Cela permet d’adapter le travail aux capacités de chacun, de concilier plus facilement vie privée et vie professionnelle. La mise en place d’un médiateur dans le cas cité dans le texte permet de donner de la crédibilité aux choix des employés auprès des dirigeants et de régler les conflits éventuels par la négociation. Le fait que le représentant soit choisi parmi les opérateur permet à tous d’exprimer leur attentes et donc de profiter des marges de manœuvres ainsi dégagées.

A travers ce système, certaines personnes pourront choisir leur horaires de travail en fonction des enfants et ne pas être préoccupé par le sujet durant leur travail. De même il sera possible de choisir l’ordre dans lequel prendre les postes de la façon qui convient le mieux à la personne ou d’éviter certaines tâches, d’en favoriser d’autres, d’avoir accès à des formations, ou de travailler en équipe sur les postes les plus difficiles par exemple. Tout cela peut se faire bien sur dans la mesure ou l’on trouve un accord entre les différents opérateurs.

Les marges de manoeuvre organisationnelles concernent plus généralement aussi, la possibilité de choisir le moment de ses pauses, l’ordre dans lequel on va effectuer certaines tâches, de faire passer une tâche imprévue et urgente avant le travail routinier sont d’autres exemples.

Bibliographie
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Falzon, P. (2004) Nature, objectifs et connaissances de l’ergonomie. In P. Falzon (Ed.) Ergonomie. Paris : PUF
Darses, F. de Montmollin, M. (2006) L’ergonomie. (4ème ed.) Paris : la découverte (repères)
Weinberg, A. (2007) Nous sommes tous des ergonomes. Sciences humaines, n°181 avril 2007, pp. 54-57

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