[Tornouille] Le langage Wow

Apprendre à parler le Wow ?

Quand vous vous connectez pour la première fois à World of Warcraft, vous pouvez être surpris car vous ne comprenez pas ce qui est écrit par les autres joueurs. Vous vous êtes pourtant bien connecté sur un serveur français et il y a d’ailleurs pas mal de mots en français utilisés mais pas que ça… Vous comprenez par contre rapidement qu’il va vous falloir apprendre les bases de ce curieux patois pour vous en sortir.

L’objectif ici n’est pas de vous traduire les termes les plus courants, mais d’essayer de comprendre ce qui se joue dans l’utilisation de ceux-ci.

Des sources multiples

Tout d’abord, décrivons ce langage. Vous trouverez donc sur les canaux communs beaucoup de termes en français mais il y a également beaucoup de mots anglais et beaucoup d’utilisation d’abréviations (sigles…).Ces mots ont plusieurs sources :

  • Beaucoup de mots sont une reprise d’un terme générique des jeux en ligne. Par exemple, le fait d’attendre le retour d’un ennemi tué pour le tuer de nouveau se dit “camper”. Le terme vient directement du monde du fps pour décrire l’attitude d’un joueur qui reste au même endroit pour tirer sur tout ce qui passe. Beaucoup de termes génériques sont en anglais (“stuff”, “reroll”, “aggro”, “farm”, “craft”…et même “camper” même s’il se comprend très bien en français) car ils ont d’abord existé en anglais. Néanmoins quelques termes sont français comme “pexer”, venant de l’abbréviation “pex” pour points d’expérience. Comme le “peer-to-peer” ou “l’interview” entrés dans la langue de tous les jours, ils sont rentrés dans le langage courant du joueur en ligne et donc de celui de World of Warcraft.
  • Lorsqu’aucun mot n’existe pour une action ou un objet propres à World of Warcraft, un mot existant au sens proche ou un néologisme sont apparus. Il est souvent le fait des développeurs eux-mêmes et “en français”. Par exemple, la résilience décrit la capacité de résistance d’un joueur aux attaques des autres joueurs. En psychanalyse, on doit à Cyrulnik l’utilisation du terme pour décrire la capacité de reconstruction psychologique des individus après un traumatisme. Mais ce terme peut aussi être employé pour un écosystème ou des matériaux afin de nommer leur capacité à résister. La résilience a donc un sens précis à World of Warcraft qui ne recouvre pas le sens habituel.
  • Certains joueurs utilisent des images propres à l’univers du jeu pour s’exprimer. Un équipement mauvais sera qualifié “de la baleine” par exemple, en raison d’objets de moindre utilité nommés ainsi par Blizzard.
  • L’utilisation de l’anglais, en dehors des termes de jeux en ligne, est courante. Il s’agira souvent d’un mot dans une expression en français : “need” pour “avoir besoin”, … la critère de longueur n’est pas forcément respecté (le mot anglais n’est pas forcément plus court) et il existe toujours un équivalent en français. De nouveaux mots anglais apparaissent continuellement dans les écrits des joueurs (“fat” pour “gros” est devenu à la mode en 2009).
  • Les abréviations sont également beaucoup utilisés (pour des mots anglais ou français). Il peut s’agir de termes génériques de jeux en ligne (pvp – players versus players – et jcj – joueurs contre joueurs), spécifiques à World of Warcraft (DK pour Death Knight, le chevalier de la mort – CM n’est pas utilisé alors que le jeu était en français à la sortie de la classe) ou courant (“svp” – s’il vous plait – ou “plz” – abbréviation (!) de “please”). Le code SMS/messagerie instantanée est rarement présent massivement dans une phrase mais le plus souvent par petite touche : “c” pour “c’est” est par exemple fréquent.
  • Des mots ont été modifiés sans qu’on sache très bien pourquoi : le paladin se dit souvent “palouf”, le bouclier “boubou”…etc.

De l’utilité à l’appartenance

Le but de l’utilisation de ce langage peut être double :

  • d’être précis : il s’agit ici simplement de pouvoir de dénommer une action ou un objet spécifique au jeu en ligne ou à World Of Warcraft sans passer à chaque fois par une longue description parce qu’aucun mot courant ne fait l’affaire ou n’est vraiment pertinent.
  • de gagner du temps dans la saisie : l’usage des abréviations en particulier poursuit cet objectif, mais également parfois l’usage de l’anglais. Dans l’action, l’usage de terme court peut être un avantage. Néanmoins, l’audio s’est généralisé dans les instances où il faut communiquer et même quand les joueurs ont le temps d’écrire, ils utilisent toujours les abréviations. La nécessité d’être concis explique mal le recours aux abréviations. Les joueurs désirent simplement réalisé une économie de frappes mais aussi peut-être utiliser un langage d’initiés. Nous y venons maintenant.

En effet, nous avons vus que l’emploi de plusieurs termes ne répond pas à un objectif de précision ou d’efficacité (usage d’abréviations, de mots anglais, de langues imagés, de nouveaux mots…). Il s’agit alors plutôt :

  • de montrer son appartenance à une communauté de langage, donc à un groupe social, en l’occurrence le groupe social majoritaire dans le jeu. Le langage est alors utilisé comme vecteur d’intégration : “je parle comme vous” alors “je suis comme vous”. Certaines personnes réalisent la démarche inverse en prenant soin d’utiliser un langage français correct simplement pour dire “je ne parle pas comme vous” donc “je ne suis pas comme vous” et ce place derechef à l’extérieur de la norme.
  • en négatif, l’objectif est de sélectionner par l’exclusion ceux qui n’appartiennent pas à ce groupe majoritaire. Si une personne ne comprend pas ce qui se dit, réagis par la critique à la façon général de s’exprimer ou simplement s’exprime de façon anormal pour World of Warcraft, alors elle est différente. L’objectif n’est pas forcément de ringardiser l’autre mais d’avantage d’être entre personnes “sur la même longueur d’ondes”, entre initiés partageant un certain savoir sur le jeu mais aussi certaines valeurs.
  • de se valoriser en utilisant les règles de ce langage au maximum. Certains poussent très loin le recours à l’anglais et au langage WOW le plus technique afin de montrer leur maitrise des codes majoritaire, quitte à ne pas être compris ! Néanmoins, la majorité des joueurs percevra, non pas le sens du message, mais bien la maitrise des codes.

Des valeurs

Tout ce qui précède est finalement bien banal, surtout quand on sait que le public de joueurs est en partie constitué d’adolescents – population la plus prompte à se soumettre aux codes culturels des groupes sociaux qu’ils ont choisis. Je ne rentrerai pas dans le débat autour de l’usage de la langue française car il ne m’intéresse tout simplement pas.

Au delà de ces considérations, ce qui me frappe le plus est ce qui est valorisé sur le plan du langage par les joueurs de Wow : l’anglais, la concision et se retrouver entre initiés. Ce sont ces choix qui ont été fait par la majorité des joueurs de wow. Ils n’ont pas choisis l’humour, l’esprit, la beauté, le japonais….ou je ne sais quoi d’autre. Non : l’anglais, la concision et le langage d’initiés. Pourquoi ?

Derrière l’usage de l’anglais, je ne vois que la valorisation de la culture américaine. Cela me semble assez ringard de nos jours d’utiliser de l’anglais dans du français, mais pourquoi pas, la culture américaine produit de belles choses (je ne parle ni des blockbusters, ni des bigmac, ni des barbie…).

La concision est pour moi synonyme de valorisation de la rapidité, l’objectif étant d’avoir le maximum de chose, le plus vite possible avec le minimum d’effort… D’aucun vous diront que la longueur n’a pas d’importance mais le débat n’est pas là ! La question est uniquement de comprendre au nom de quoi sont sacrifiés la beauté ou encore l’esprit d’un texte ? Elle est donc sacrifiée au nom de la concision : certains l’expliqueront simplement par la flemme d’écrire, d’autres comme une valorisation des valeurs marchandes… avoir toujours plus et plus vite.

Enfin le désir de se retrouver entre initiés, de ne pas prendre le temps de partager avec ceux qui sont différents parce que justement cela coûte du temps (non récompensé par du “stuff”… quelle horreur !) est pour moi le plus dommageable. Dans un jeu aussi ouvert aux joueurs occasionnels que World of Warcraft de par son ergonomie réussie et son univers bon enfant, les joueurs ont choisis de freiner la participation d’autrui en l’obligeant à acquérir un langage teinté de culture marchande, pauvre et sans beauté. Le meilleur ennemi de World of Warcraft serait-il la majorité des joueurs de World of Warcraft ?

  • Beaucoup de mot sont une reprise d’un terme générique des jeux en ligne. Par exemple, le fait d’attendre le retour d’un ennemi tué se dit “camper”. Le terme vient directement du monde du fps pour décrire l’attitude d’un joueur qui reste au même endroit pour tirer sur tout ce qui passe. Beaucoup de termes génériques sont en anglais (“stuff”, “reroll”, “aggro”, “farm”, “craft”…et même “camper” même s’il se comprend très bien en français) : ils ont d’abord existé en anglais et ont été repris tel quel. Comme le “peer-to-peer” ou “l’interview” entrés dans la langue de tous les jours, ils sont rentrés dans le langage courant du joueur de World of Warcraft.

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